samedi 20 mai et dimanche 21 mai

Lorsque je voyage vers un pays lointain, j’ai toujours l’impression que la durée du vol suspend le temps, surtout s’il y a des décalages horaires. Cette fois on va faire un saut de 7 heures, 7 heures qui passent à la trappe. Deux jours qui se télescopent pour n’en faire plus qu’un.
Mehdi nous dépose au « nouveau » kiss and drive de Bruxelles National. A cause des attentats du 22 mars, les choses simples ne sont plus faites simplement. Nous sommes là 3 heures avant le départ. Mais ce n’est pas la période des vacances, donc pas trop d’affluence. Et notre parcours est fluide. On passe à l’enregistrement des bagages. Nos passeports suffisent pour que l’employée trouve notre vol.
Le passage à la police des frontières se fait grâce à une lecture électronique de nos passeports et une reconnaissance optique de nos iris.
A peine 45 minutes après que Mehdi nous ait déposés au kiss and drive, nous voici au gate en attendant l’embarquement. J’ai hâte de pénétrer dans le Boeing 787, surnommé le « Dreamliner », un avion de dernière génération conçu en matériau composite et dont le premier exemplaire a précisément été livré à la compagnie All Nippon Airways.

Je ne l’ai jamais vu ou en tout cas de très loin lorsque j’avais été au salon de l’aéronautique du Bourget avec Bernard, mon beau-frère, en 2015 où il s’est envolé au moment où on est arrivés. J’ai choisi les mêmes places à l’aller et au retour (27K et 27J), à droite de l’avion dont une place hublot. Comme on est en classe économique, on se retrouve à l’arrière de l’avion et suffisamment à l’arrière pour ne pas être sur l’aile.
Première constatation : on a très peu de place. On avait l’expérience de notre voyage au Canada avec Air Transat où c’était relativement confortable. Ici, on se croirait dans un 737 de Ryanair, sauf que le voyage va durer 11 heures. C’est vrai aussi que les Asiatiques sont en général plus petits et surtout plus minces. Et pourtant les Japonais ont gagné en moyenne 15 centimètres depuis la fin de la guerre 45.
Par contre, côté équipement, c’est top. On a un écran individuel et on peut choisir entre une liste de programmes, de musique, de feuilletons et de films. Evidemment, les productions japonaises non traduites sont en majorité, mais en ce qui concerne les films, il y en a même un en français (Mes trésors avec Jean Réno) et des productions sous-titrées. En outre, plusieurs cartes permettent de suivre le vol avec des vues diverses ainsi que l’actualisation en permanence des paramètres (altitude, température extérieure, heure locale, heure de Bruxelles, heure de Tokyo, temps estimé, distance parcourue et encore à parcourir…). Il y a aussi une prise USB individuelle. Un casque emballé sous cellophane, une couverture et un oreiller sont également fournis.
On part à l’heure, 21h10. On se laisse vivre. Les annonces sont en japonais et en anglais mais le son est très mauvais et la voix de l’hôtesse résonne comme si elle provenait d’une grotte, autrement dit on ne comprend rien non plus aux annonces en anglais. A 23h on reçoit un plat de poisson avec une salade. Khadija prend un verre de vin rouge et moi un verre de vin blanc, histoire de le boire frais. On est étonnés de voir que le verre de vin rouge de Khadija est frais lui aussi. On vient de découvrir que les Japonais boivent le vin rouge frais. On peut d’ailleurs presque dire que tout ce qui ne se boit pas chaud se boit frais au Japon.

Vu l’exiguïté des lieux, je parviens à renverser le verre de vin blanc sur mon pantalon. Heureusement ça ne laisse pas de traces et l’hôtesse fait une repasse.
A minuit, les feux sont éteints. Dans le Boeing 787, il n’y a plus de stores devant les hublots mais un système électronique qui permet d’opacifier la fenêtre ou de l’éclaircir, un peu comme les lunettes qui foncent au soleil. Le système d’occultation électronique peut être commandé de manière centrale par le personnel de bord ou individuellement par les passagers situés aux hublots.
Pendant le vol, un monsieur a dû être allongé car il n’est pas bien. On a dû surélever ses jambes. Khadija aussi a un malaise. Elle est emmenée par l’hôtesse à l’arrière de l’appareil pour être étendue. Un passager médecin vient la voir. Moi je suis resté dans mon fauteuil car il n’y a pas assez de place et je ne suis pas d’une grande utilité. Je demande des nouvelles à l’hôtesse qui me répond que Khadija va mieux. Une demi-heure plus tard, Khadija vient me rejoindre, elle va mieux.
C’est la nuit, il n’y a rien à voir dehors. En fait, je ne me rends pas compte tout de suite que le système a été opacifié à distance. Je somnole 3 à 4 heures, ma tête tombant régulièrement, ce qui me réveille. Pas moyen d’incliner le siège, ne serait-ce qu’un tout petit peu. Je ne découvrirai qu’au retour que c’est possible ! Je suis surpris de voir qu’il fait toujours nuit, et une nuit bien claire car on voit à travers le hublot comme s’il y avait une pleine lune. C’est là que je me rends compte que les hublots sont opacifiés et qu’en fait de clair de lune, c’est bien la lumière du soleil qui luit aux alentours de 9 heures du matin locale. On est au-dessus de la Sibérie et il y a des nuages. Il est 4h du matin en Belgique mais 11h au Japon. Je ne parviens pas à rendre ce hublot plus clair. Frustration.

Au milieu du trajet, je mets ma montre à l’heure japonaise. A 13h, 2h30 avant l’atterrissage, on nous apporte un deuxième repas. Je prends à nouveau du poisson avec du riz bouilli aux prunes japonaises. Cette fois, comme boisson, je prends du thé noir.
Nous atterrissons à Tokyo à 15h16 après avoir fait plusieurs boucles pour patienter avant de recevoir l’autorisation d’atterrir. Mon collègue Jérémy m’avait dit qu’on faisait la file partout à Tokyo. Ça a commencé avec l’avion !
Alors qu’en général on est les derniers à entrer dans l’avion (on laisse la cohue se presser avant nous), nous sommes aussi les derniers à en sortir car je ne parviens pas à retrouver la pochette dans laquelle je mets mon casque et ses câbles. Une hôtesse passe sa lampe sous les sièges et me la retrouve.
Tous les autres passagers sont déjà partis au terminal car l’avion a été débarqué sur le tarmac. Seuls deux autres personnes ainsi que la famille du jeune homme qui a eu un vol difficile sont encore là. On finit par être tous descendus par un chariot élévateur plutôt que par les escaliers. On est conduits aux arrivées. Il fait 28°.

La il y a une longue file pour l’immigration où l’on doit enregistrer notre iris ainsi que donner nos empreintes digitales des deux index. Notre temps d’attente est à peu près d’une demi-heure. Ce sera nettement plus long après notre passage car d’autres vols sont arrivés entretemps.
On peut aller chercher nos valises. En arrivant au tapis, toutes les valises sont déjà débarquées. Les deux nôtres ont été déposées 10 mètres en avant, bien en évidence et rassemblées. On a un échantillon du service japonais. On peut enfin passer la douane sans encombre.
Direction Tokyo. On s’acquitte de 6900 yens (56 euros pour nous deux et pour 60 km) cash bien qu’on aurait pu payer avec la carte. On attend le train de 17h16 qui doit relier Tokyo en une bonne heure et demie. Lorsque le train arrive, il est à son terminus, les agents de la compagnie JR en chasuble fluo bloquent les portes du train et nettoient les voitures. Il y a un agent par voiture. En plus, les voitures sont équipées de sièges réversibles et les agents préparent le voyage vers Tokyo en basculant le dossier dans le sens de la marche. Etonnant !
Notre premier rendez-vous avec la ponctualité ferroviaire nipponne que mon collègue Jérémy a vantée est manqué. Si le train est bien parti à l’heure, ce n’est que 2h40 plus tard qu’il arrive à la gare de Shinjuku, un des districts de Tokyo dans lequel nous allons établir notre quartier général. Tout au long du trajet, la raison du retard est expliquée en japonais et en anglais. On comprend qu’il y a eu un problème avec une personne. Accident ou suicide, ça on ne le sait pas. Toujours est-il qu’en attendant, je me suis branché sur le Free Wifi JR.
On arrive enfin à la gare de Shinjuku, lessivés par le voyage. On a rencontré dans le train un Français qui habite à Montréal et qui vient lui aussi d’arriver. Il n’est pas en meilleure forme que nous. Lui va dans un hôtel capsule, nous dans un hôtel 4 étoiles.
On est dimanche et il est près de 20h. Une foule immense se presse dans la gare de Shinjuku qui est, selon Wikipedia, la gare la plus fréquentée du monde avec 3,64 millions de passagers par jour (!) et la deuxième plus grande gare au monde en termes de superficie. On se fraye tant bien que mal avec nos valises un passage vers l’escalator.
Tous les escalators que nous avons pris au Japon (et on peut dire que nous en avons utilisés pas mal) ont des marches balisées par de la peinture jaune. Nous n’en avons vu aucun en panne. Il faut toujours se mettre à gauche sur un escalator, la droite étant réservée aux personnes qui sont pressées.
Ça y est, on est arrivés à la sortie. On prend n’importe quelle sortie. On ne se rend pas bien compte ce que signifie être la deuxième gare la plus grande du monde. Je me bats avec mon smartphone pour pouvoir trouver l’hôtel. Il me faut une connexion internet. Comme on est toujours dans la gare, je parviens à récupérer le Wifi JR. Je trouve l’hôtel Sunroute Shinjuku, il est tout près. Nous sommes heureusement à la bonne sortie.
Quelques minutes plus tard, nous voici à l’enregistrement où on nous souhaite la bienvenue en nous saluant. Le temps de copier nos passeports, de nous rappeler les heures de check-out et du petit déjeuner, de nous donner deux cartes magnétiques pour les chambres, on nous fait payer tout de suite. C’est une habitude au Japon, dans les hôtels on ne paie pas à la fin, on paie tout de suite. Par contre, on réglera les petits déjeuners à la fin.
Avant d’arriver, j’avais commandé, via internet, une carte sim data. J’avais demandé que la date de livraison soit le samedi 20 à l’hôtel, ils ne livrent pas en dehors du Japon. Mon pli était bien arrivé.
Dans la chambre, j’ai retiré la carte sim Proximus de mon smartphone, je n’avais pas besoin que quelqu’un me téléphone au Japon (en plus pour engraisser les opérateurs par des tarifs exorbitants) et je l’ai remplacée par la carte sim BMobile. Il faut juste ne pas oublier la pointe qui permet de retirer le tiroir à cartes du smartphone. En ce qui me concerne, j’ai utilisé un cure-dents. Pour l’activation, j’avais imprimé la procédure disponible sur internet avant de partir, mais elle est aussi jointe à la carte sim. Une minute plus tard, j’étais sur internet via 4G.
4G au Japon
En préparant notre voyage, j’ai constaté qu’on pouvait avoir un « Pocket Wifi » afin de brancher un smartphone ou une tablette sur internet via le réseau 4G. L’avantage de ce « Pocket Wifi » est qu’il est en même temps une batterie supplémentaire pour le smartphone. Au bout du voyage, il faut le glisser dans une enveloppe et le déposer dans une boîte aux lettres pour qu’il retourne à la firme. Coût environ 50 € plus les cautions.
J’avais aussi trouvé la solution de BMobile, une carte sim data de 5Gb uniquement valable 3 semaines à partir de son activation pour un coût de 35€. J’ai choisi cette deuxième option pour le côté pratique et sa maniabilité. Quant au réseau 4G, il est disponible partout.
A ceux qui me reprocheraient de ne pas savoir me passer d’internet, je leur répondrai que, n’ayant pas fait appel à un tour operator pour notre voyage, cette carte sim nous a permis de nous faire gagner énormément de temps et d’énergie dans nos déplacements (on ne se déplaçait qu’en transports en commun et à pied) et que grâce à certains programmes, nous ne sommes pas passés à côté de choses qu’on n’aurait complètement zappées autrement.
Le soir, nous avons mangé au restaurant italien de l’hôtel. Honte sur nous, mais nous étions tellement fatigués que nous avons été au plus facile. C’était bon mais un peu léger. Promis, demain on mange japonais. Ensuite, on a fait un petit tour dans les deux rues les plus proches. Khadija a repéré une boulangerie à la française et a envie de compléter le repas par une petite couque.
Nous remarquons tout de suite les taxis. Comme à Londres, ils sont reconnaissables entre tous à leur look carré qui rappelle le début des années ’80. Mais ils disposent de toute la technologie et sont souvent construits par Toyota. Plus surprenant, comme on roule à gauche au Japon, on embarque sur la gauche. Le taximan dispose d’un bouton qui ouvre la portière arrière gauche et qui la ferme lorsque le client est monté. Au Japon, on ne touche pas ce qui n’a pas besoin de l’être.

On se couche, il est 22h30.