mercredi 7 juin

C’est le jour le plus long de l’année. Il va compter 31 heures. Je dors assez mal pendant la nuit, la peur de ne pas me réveiller à l’heure, la fatigue accumulée, la fin du séjour, l’angoisse du jetlag, ? Je ne sais pas. Toujours est-il que nous n’avons aucun mal à nous lever à 6h. Pourtant, ce n’est pas nécessairement de gaieté de coeur que nous partons, sauf que nous aurons tellement de souvenirs à partager. Les valises étant prêtes, à 6h40 nous descendons pour la grande salle du petit déjeuner qui est pratiquement pleine. Si tout ce monde doit prendre la navette… Enfin, on verra, on n’a jamais eu de problème, on est au Japon.
Vers 7h25, nous remontons dans la chambre pour fermer définitivement nos valises et nous redescendons pour prendre la navette de 8h pour le terminal 1. Il n’y a pas trop de monde, ça va. En fait, il y a aussi des cars qui emmènent d’autres clients de l’hôtel.
Arrivés au terminal 1, on regarde le tableau des départs et nulle part notre vol pour Bruxelles n’est mentionné. Khadija me demande si je suis certain du terminal. Un doute passe ; et si j’avais loupé quelque chose ? Parce qu’il ne s’agit pas de faire de l’auto-stop pour rentrer en Belgique. Terminal 1 à Narita, c’est en tout cas ce qui est inscrit sur la confirmation. Avec l’aide d’une employée de l’aéroport on s’aperçoit qu’on est à l’aile nord et qu’il faut qu’on aille à l’aile sud. Allons bon, ici aussi les terminaux ont leurs sous-terminaux, on se croirait à la station de Shinjuku. Bingo, le vol de Bruxelles est connu à l’aile sud, on peut enregistrer nos bagages.
Nos trois valises passent comme trois lettres à la poste. On avait bien droit à 46 kg chacun mais pas de regret, c’était bien plus qu’il n’en fallait, cela ne sert à rien non plus de trop se charger. Et même notre parapluie payé six sous chinois, qui ne rentre pas dans les valises, est admis comme bagage en cabine.
On passe la douane, je m’avance avec Khadija. La jeune femme m’oblige à faire un pas en arrière, chacun son tour, malgré que nous soyons de la même famille. Tous les douaniers de la terre se ressemblent, il doit certainement y avoir des stages pour apprendre à ne pas sourire et à être désagréable. Comme dirait mon beau-frère, il n’y en a pas un qui rachète l’autre… Et l’incohérence peut aussi être japonaise. Les produits hors taxes que j’ai achetés à Tokyo sont dans mes valises, notamment le saké que je ne peux pas boire au Japon, mais le contrôle a lieu après l’enregistrement alors que nous n’avons plus les valises. Allez comprendre. Ceci dit, il y aurait eu un contrôle, nous étions parfaitement en règle. Je suis curieux de voir ce qu’il en sera à Bruxelles. Avec toutes ces factures agrafées dans mon passeport, on dirait une note de frais Acerta.
On dépense nos derniers yens dans les tax free shop et nous rejoignons le gate 42 où nous nous installons dans des fauteuils de type relax.


Là j’admire les avions qui s’envolent devant nous, on est aux premières loges de la piste. Que des gros porteurs ! Les moyens courriers sont plutôt en minorité, tout le contraire de Bruxelles. Désolé pour ceux qui ont le mal de l’air, je ne résiste pas à photographier tous ces avions aux noms de compagnie exotiques, ou pas…









Voilà qu’on embarque. Cette fois on a droit à deux rampes d’embarquement télescopiques. Une pour les première et business class et l’autre pour le reste de la troupe dont nous faisons partie. A l’enregistrement on nous avait dit qu’on ne serait que deux dans notre rangée. Et non. On est trois et comme à l’aller, on ne va pas être des plus confortables.
J’ai à ce propos lu sur internet que la configuration en rangées de 3 x 3 sièges dans le Boeing 787 était moins confortable que dans l’Airbus A350, le fuselage du Boeing étant plus étroit. Décidément, si on en a les moyens, il vaut mieux prendre la Premium Economy. Bon, c’est comme ça. Nous voyageons par ANA. Serrés comme dans RY ANA IR. Comme quoi il y a parfois des analogies… Mais ça nous a permis de voir le Japon. Magique quand même.

On décolle à l’heure, le contraire au Japon est étonnant. Mais je n’ai jamais vu ça : il faut attendre 10000 mètres alors qu’on est déjà au-dessus de la mer du Japon pour qu’on soit au-dessus des nuages. Des nuages à 10000 mètres. Le plafond est haut !

Jusqu’au bout, on fait la file au Japon, même les nuages ! On reçoit un premier repas vers 13h japonaise. Après celui-ci, extinction des feux, tous les hublots sont opacifiés pour faire ce que je crois être une sieste. En soi, ce n’est peut-être pas idiot.
Et non, comme à l’aller, on nous impose une nuit, une nuit qui va même durer jusqu’à ce qu’on soit au-dessus de la Finlande ! Moi je ne l’entends pas comme ça. Ma passion en avion est de suivre la route et de regarder à travers le hublot. Or je sais qu’on va survoler la Sibérie en plein jour.
Et la chance est avec nous, pas un seul nuage lorsqu’on atteint le 70e parallèle. Oui, on est monté de 35° vers le Nord. Quand on sait que Tokyo est à 35° de latitude, si on avait fait le même chemin au sud, on serait à l’équateur ! Le spectacle est époustouflant de beauté. J’éclaircis mon hublot électronique et je prends des photos. Quelques minutes plus tard, l’hôtesse vient chez moi et me demande de ré-opacifier mon hublot.

Je dois avouer que je suis déçu et furieux. A quoi servent les nouvelles technologies si elles imposent de nouvelles contraintes ? La plupart des passagers sont à ce moment en train de regarder des films sur leurs écrans. Celui qui veut dormir peut mettre un masque sur les yeux ; en plus les Japonais ne sont pas réticents à en porter sur la bouche et sur le nez.
J’ai eu deux déceptions durant ce voyage. Celle-ci est la deuxième. Pourtant, l’hôtesse est venue me remercier pour ma coopération à la fin du vol. J’ai cru qu’elle se fichait de moi. Mais non, ce n’est pas le style ni la classe japonaise. Et si cette remarque semble futile, pourquoi alors regarder les émissions de Yann Arthus Bertrand ? On pourrait d’ailleurs suggérer à ANA de les rajouter dans leur catalogue de documentaires.
Bon, en même temps, j’ai pu faire des photos formidables malgré tout. Finalement, c’est ça le plus important. Le ciel dégagé l’est resté jusqu’à la Finlande.














Après la Finlande, purée de pois, donc plus de photos. L’atterrissage a eu lieu à 15h16 soit une demi-heure plutôt que prévu. Une fois sur le sol, j’ai dû récupérer des affaires qui avait à nouveau filé sous un siège. Le contrôle de police a été très rapide car il n’y avait pas beaucoup de monde et encore moins de voyageurs détenteurs d’un passeport européen. Le contrôle à l’arrivée est maintenant électronique. On glisse le passeport dans une borne, le passeport est avalé, on est reconnu avec l’iris, le passeport restitué, et le portique s’ouvre ; le programme ne doit pas encore lire les souches agrafées. Dix minutes après, le tapis s’est mis en route. Récupération des bagages facile car nos valises étaient toutes ensemble. Passage à la douane, on ne me demande rien, de toute façon je suis en-dessous des quotas et je n’ai donc rien à déclarer, sauf nos souvenirs qui ne sont pas encore taxés. Tiens… une idée !
Nous arrivons dans le hall des arrivées où Marc nous attend avec un t-shirt évoquant le Japon pour nous reconduire sans choc à la maison. Fin de notre voyage au Japon.
ありがとうございました
またいつか
Arigatōgozaimashita mata itsu ka
Merci beaucoup, à bientôt peut-être.