samedi 3 juin

Au réveil, Khadija est la première à me souhaiter un bon anniversaire. Avec 7 heures d’avance, j’ai aujourd’hui 56 ans. Le second, via Whatsapp est mon N+1. Merci Xavier, hyper sympa.
Pendant combien de temps peut-on souhaiter un bon anniversaire ?
Etant au Japon, j’aurais pu recevoir un appel d’un ami des îles Tonga à minuit le 3 juin (GMT+13), ce qui veut dire à 20h le 2 juin au Japon (GMT+9). Et si j’avais eu un autre ami à Hawaii (GMT-10) qui, avec un peu de distraction, m’aurait souhaité un bon anniversaire à 23h59 le 3 juin, alors qu’il aurait été 18h59 à Tokyo, le 4 juin. En clair, tu as 47h59 minutes (je laisse tomber les secondes, de toute façon le temps que tu comprennes il sera trop tard) pour souhaiter un bon anniversaire, de la plus grande avance au plus grand retard, mais toujours dans le bon jour, quelque part sur la Terre. En somme, c’est un raisonnement très carré sur une réalité très ronde. Envoie un SMS au 505 si tu n’as rien compris.
Nous déjeunons à l’appart, on a encore assez de victuailles, et puis nous hésitons entre la visite du Toji Temple et la visite du musée du Train de Kyoto qui fête son premier anniversaire, ça tombe bien. C’est aussi mon anniversaire et Khadija me laisse choisir.

Khadija, qui me connaît quand même depuis plus de 27 ans, sait que j’ai toujours été passionné par l’aviation et les trains. Mon père était agent de voyages à la belle époque où les voyages ne se vendaient pas comme des produits d’épicerie.
Et puis, le train est une spécialité nipponne. Probablement même que les Japonais sont les plus forts ou les plus en avance du monde sur ce sujet, comme dans bien d’autres domaines du reste. Seuls les Suisses pourraient rivaliser, et encore, ils n’ont pas besoin de train à grande vitesse, à moins d’une votation favorable…
Nous nous rendons à pied au musée. Il nous faut un peu plus d’une demi-heure de la gare de Kyoto pour atteindre le musée qui est situé au bord de l’immense terrain de chemin de fer.



Bien que le musée gagnerait à afficher des explications en anglais, il en met d’emblée plein la vue. Le premier Shinkansen, celui de 1964, le premier train à grande vitesse au monde, celui qui a un profil semblable à un avion, trône fièrement dans une des immenses salles. J’explique à Khadija que Papa m’avait ramené des photos de ce train mythique dans les années soixante.

Ce qui est remarquable, on est samedi et ceci explique peut-être cela, c’est qu’il y a des dizaines d’enfants venus avec leurs parents. C’est vrai que le musée est très didactique, pour autant qu’on puisse lire et comprendre le japonais. On peut y faire des expériences et des simulations. Quant au Shinkansen (qui veut dire « nouvelle ligne interurbaine »), on apprend que les premiers travaux du tout premier train à grande vitesse au monde datent de 1938 !

Il y a aussi une belle exposition de vieilles locomotives à vapeur (certainement une trentaine) autour d’une non moins ancienne rotonde. On peut faire un tour, moyennant 300¥ par personne, en train à vapeur. Nous décidons d’y aller. Seulement le tour, ce sont 500m en arrière et 500m en avant. Juste de quoi dire qu’on a fait un tour. On se serait attendus à plus ; mais le train n’avait pas de retard.



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Les rotondes et les trains à vapeur
De nos jours, les locomotives sont « multi sens ». Elles n’ont plus besoin d’être « retournées » pour aller dans l’autre sens. L’arrière est le même que l’avant, et inversément. Les locomotives à vapeur n’avaient qu’un sens de marche. Aussi, arrivées au dépôt il fallait qu’elles soient remises dans le bon sens. C’était la fonction des rotondes.


Tous les métiers touchant de près ou de loin au chemin de fer ont droit de cité. Du conducteur au poseur de voies en passant par les contrôleurs et les aiguilleurs. Les techniques aussi sont expliquées.







Nous mangeons au restaurant panoramique du musée qui nous permet d’avoir un point de vue sur les lignes JR et sur les Shinkansen qui se succèdent. A l’instar des bornes où l’on peut acheter des billets pour des montants prédéfinis, nous avons acheté de la même façon nos tickets pour les menus que nous avons choisis. En Belgique, même chez Ikea ils n’ont pas osé ! L’avantage, c’est qu’il n’y a pas de file ! Maintenant pour lier connaissance avec l’employé c’est plus difficile (chez Ikea aussi ce n’est pas facile du reste). Nous devons remettre notre ticket au personnel qui nous donne un buzzer et un numéro en échange. Nous allons patienter à une table. Un des buzzers s’active, un des plats est prêt. Quelques instants plus tard, le deuxième buzzer retentit.
Il me vient l’envie de commander une bière. Je me rends à la machine à payer où je dois me faire aider par quelqu’un car il n’y a ni photo, ni de mention en anglais. C’est parce que j’ai vu quelqu’un avec une bière que je sais qu’il y en a. Je paie mon ticket, me rends au bar. Là, surprise, une employée prend un verre vide, le met dans une machine qui incline le verre ; la bière commence à couler toute seule en formant un joli col de mousse. Au fur et à mesure, le verre se redresse. C’est prêt. D’aucuns diront que le service est sans âme. Je ne pense pas, l’âme japonaise est dans l’excellence du service.

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Après notre repas, nous continuons la visite du musée. Il y a beaucoup d’expériences et des simulations. C’est samedi et beaucoup de gens sont venus en famille, même avec des bébés. Nous nous faisons la réflexion qu’on n’a pas vu beaucoup de bébés jusqu’à présent. Il y a plein d’enfants qui s’affairent autour des simulateurs et des expériences physiques en tout genre. Ce musée a une portée didactique.



Deux maquettes égarées des deux plus grandes compagnies aériennes japonaises.

Nous arrivons dans une grande salle où trône une maquette de dix mètres sur trente de trains en modèle réduit. Je n’ai encore jamais vu une maquette aussi grande. Un spectacle est prévu à 16h. Moi qui adorais jouer avec mon train Märklin quand j’étais môme, comme un grand enfant je n’en perds pas une miette ! Même si tout est en japonais, le spectacle est féérique. Les variations de lumières des spots simulent le jour et la nuit et on voit passer les répliques de trains locaux, rapides, de marchandises et autres Shinkansen.





Le drapeau, habituellement appelé le « Hinomaru », a représenté informellement le Japon depuis 1870 ; « Kimi ga yo » a été utilisé comme hymne du Japon de facto depuis 1880 (Wikipedia). Une question pour les juristes qui liront ceci : existe-t-il une loi qui définit les drapeau et hymne nationaux en Belgique ?


Il est 16h30 lorsque le spectacle se termine. Il est temps pour nous de revenir vers l’appartement car Tachuelita nous a envoyés un mail pour nous prévenir qu’elle a enfin pu réserver pour 19h une table au restaurant Misono. Je lui avais demandé de réserver car je me méfiais du téléphone surtout si j’étais tombé sur quelqu’un qui ne connaît pas l’anglais.
Arrivés à la gare de Kyoto, on doit acheter du pain. Khadija aimerait bien retourner dans la boulangerie dans laquelle nous sommes venus le premier jour avec Tachuelita. Nous nous retrouvons dans le magnifique espace central de la gare de Kyoto. On entend la musique de Star Wars. On décide de s’approcher pour en savoir plus. La gare est conçue pour accueillir des concerts. Les escaliers servent de gradins.













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On traverse la gare pour aller vers l’appartement. Comme on est samedi, il y a beaucoup de petites boutiques de mode qui sont en pleine effervescence. On en profite pour faire quelques photos de robes traditionnelles.


On passe ensuite au magasin Avanti pour acheter la marque de saké que nous a conseillée Tachuelita maintenant que je me suis renseigné sur les taux de polissage. Je peux l’acheter hors taxe, ce qui consiste à ne pas payer la TVA de 8%. Le saké dot être scellé avec dans un emballage avec la mention « Do not open in Japan » ainsi qu’un tampon dans le passeport.

Après vérification, heureusement que je n’ai pas acheté plus de 2 litres. Autrement, je devrais le déclarer à la douane en Belgique et comme je n’ai pas pensé à mettre une partie sur le passeport de Khadija, on aurait peut-être considéré que je dépassais les quantités autorisées… Je demande quand même à ce que les bouteilles soient scellées séparément, histoire de pouvoir mieux les caser dans les valises.
On arrive au restaurant à 19h20. Le métro n’est pas arrivé tout de suite (on n’a plus l’habitude de devoir attendre) et il a fallu un peu marcher de la station au restaurant. Ça va, le restaurant n’est pas plein et on y est bien attendu.
Comme il s’agit d’un cadeau de ma femme chérie pour mon anniversaire, je ne dévoilerai pas le prix mais sûr que ce n’était pas le prix d’un resto de l’Axis de Mont-Saint-Guibert ! Nous avons pris tous les deux un menu avec de la viande de Kobe cuite au tepanyiaki. Un délice arrosé par un vin japonais produit dans le nord de l’île de Honshu. Les Japonais aiment bien les vins frappés et bien qu’il soit rouge, il est servi température du frigo.


Nous sommes étonnés, une charmante serveuse a pris notre commande en anglais. Elle nous dit qu’elle est indonésienne. A part elle, un autre serveur parle l’anglais. Nous discutons un peu avec lui. Il nous dit qu’il est Turc ; avec ses cheveux clairs, on l’aurait plutôt pris pour un Australien. Il connaît le japonais car il vit dans le pays depuis 7 ans. Il nous confie que ce qui est le plus difficile, ce n’est pas la langue mais de s’intégrer. Si les Japonais sont très serviables, il en va autrement lorsqu’il s’agit de faire carrière au Japon. Pourtant, avec la population vieillissante dans l’archipel, un véritable défi pour le Japon, l’immigration pourrait être une partie de solution pour l’avenir. Mais les Japonais ne veulent pas en entendre parler. Ils devront être créatifs.
Nous mangeons avec des baguettes. Un des serveurs japonais repère que Khadija est parfois hésitante. Il lui confectionne des baguettes pour les nuls avec un système D. Un morceau de papier roulé pour qu’il soit suffisamment dur pour ne pas se plier et suffisamment souple pour faire office de ressort. Il noue les deux baguettes avec un élastique et coince son rouleau de papier entre les celles-ci. Les baguettes se transforment en pinces.
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En plat principal, nous commandons tous les deux de la la viande de Kobé (et non pas de cobaye !). C’est un peu aussi pour ça qu’on est venus dans ce restaurant ! On nous le fait au teppanyaki.

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Le boeuf de Kobe
Le « bœuf de Kobe » est une appellation donnée à la race bovine japonaise spécifique Tajima-gyu, élevée selon des règles strictes dans la préfecture de Hyogo. Probablement l’une des spécialités régionales les plus connues en dehors du Japon, cette dernière est issue d’un croisement entre le wagyu (bœuf japonais) et la holstein, une race beaucoup plus répandue. Le goût de cette viande est délicat avec une texture des plus savoureuses.
Toutefois, puisque le label est très difficile à obtenir, toutes les bêtes ne peuvent pas produire la fameuse recette. La viande doit être persillée de gras et montrer une tendreté en accord avec les critères définis par l’Association de promotion, de distribution et de marketing du bœuf de Kobe, qui la protège farouchement derrière une certification officielle.
Alors que l’élevage prend en moyenne deux ans et demie, environ les deux-tiers des bêtes passent ainsi les contrôles finaux.
Une renommée internationale difficile à contrôler
Selon la légende, la reconnaissance puis l’expansion de la race d’exception trouve son origine après l’ouverture en 1868 du port de Kobe à l’échange international. Un Anglais fut transporté par le goût savoureux de bêtes alors plutôt habituées aux travaux agricoles. À partir de là, la demande généra la création organique d’une « marque ».
Jusqu’à récemment, le bœuf de Kobe était encore interdit à l’exportation. Pourtant, on trouve depuis longtemps cette appellation sur de nombreuses viandes servies dans le monde et en particulier en Amérique du Nord, sans qu’elle n’en respecte forcément les conditions strictes (poids de la carcasse, proportion de morceaux comestibles, indice de persillage…). L’embargo fut levé en 2012 d’abord pour Macao, puis d’autres territoires dont les États-Unis.
De nombreux restaurants dans le monde sont désormais reconnus officiellement par l’association mais en 2015, 80% de la production était encore consommée au Japon. Toutefois, elle représente une infime partie seulement de la consommation totale de bœuf sur l’archipel.
Les gourmets connaissent toutefois depuis longtemps l’excellence du bœuf original et nombreuses sont les personnalités (Barack Obama en premier lieu) à rechercher cette saveur lors de leurs séjours au Japon.
La production de bœuf de Kobe nécessite une bonne sélection des bêtes et surtout des conditions d’élevage et d’alimentation très strictes. On prend soin de celles-ci en minimisant leur stress et surtout sans le moindre exercice, afin de favoriser leur production de graisse. Dans la région de Hyogo où elles paissent, les différences de température jour-nuit sont importantes et elles profitent d’une eau naturellement minéralisée, qui participent de leurs qualités. (kanpai.fr)

Après notre gueuleton, nous rentrons à l’appartement non sans avoir fait un tour dans le quartier de Pontocho. Ce soir il fait bon et il n’y a pas d’orage. Pas de geishas non plus. Nous longeons la rivière Kamo pour remonter jusqu’à la station de métro.
Il est 22h30 lorsque nous nous couchons.
2 réponses à “Jour 15 : BON ANNIVERSAIRE, LE MUSÉE DU TRAIN”
Un anniversaire inoubliable donc !!!
Une belle journée que tu décris là…😊
Ah oui, je dois dire que j’ai été comblé !